Te Mana Tattoo dans la presse

A 30 ans, Julien est l´un des représentants de la nouvelle vague polynésienne. Après une enfance et une adolescence à Tahiti, il impose aujourd´hui son style à Montpellier.



Article de presse

Tatouage Magazine N°37




A 30 ans, Julien est l´un des représentants de la nouvelle vague polynésienne. Après une enfance et une adolescence à Tahiti, il impose aujourd´hui son style à Montpellier.

Tu as grandi à Tahiti ?
Oui, j'y ai toujours vécu. Sur l'île de Moorea, en face de Tahiti notamment. Ma mère s'y est installée avant ma naissance.

Ça a été une jeunesse de rêve non ?
Oui et non car, bien sûr, il y a la mer, le soleil, mais j'étais aussi très seul. Les Polynésiens ne se mélangeaient pas beaucoup, je me suis donc réfugié dans le sport, surtout le basket dont je voulais être joueur professionnel. Et dans le tatouage aussi.

Justement, ça t'est venu comment ?
J'avais comme voisin un tatoueur local, Roo - Nui à Moorea (cf. TM9) et je l'observais. Ça me plaisait bien. Du coup, je me suis fait ma première machine rasoir (un rasoir électrique modifié cf. TM9) vers 13-14 ans. J'ai pris modèle sur celles utilisées par les tatoueurs du marché de Papeete. J'ai commencé à m'entraîner sur moi et sur un ami. Puis, très vite, sur les autres copines et copains de classe. J'avais une grosse demande, mais disons que je le vendais bien le tatouage !

Et c'était bien vu à l'époque ?
Pas vraiment, non. C'était les débuts du renouveau du tatau. Beaucoup de gens étaient contre. A cause de superstitions disant que ça portait malheur, de la religion chrétienne qui l'avait interdit et du fait que c'était tabou, sacré quoi ! En fait, jusqu'à ce que des gens comme Chimé et d'autres relancent la pratique. Aujourd'hui c'est très très bien perçu, comme un retour à la culture ancestrale, aux origines.

Quelles étaient tes sources d'inspiration ?
J'étais inspiré par les motifs marquisiens que l'on voit un peu partout là-bas : sur des tissus, en peinture décorative, etc. J'observais également les élèves de l'école d'art de Papeete.

Combien de temps as-tu travaillé comme ça ?
J'ai piqué trois ans au rasoir. Au début, je faisais des trucs "pourris" que je pensais être bien... Et puis, en 2001, j'ai rencontré Pascal l'homme illustré (cf. TM15) lors de la foire artisanale de Papetee. J'y avais un stand et Pascal travaillait, lui, avec Michel Heimanu (cf. TM21). Peu d temps après, je suis allé en France visiter la famille à Montpellier et j'ai rencontré Greg (Cf. TM 32). Il m'a dit : Achète-toi une machine et soude tes aiguilles N...

Tu piquais toujours au rasoir ?
Pascal m'avait montré sa machine, mais j'avais toujours mon rasoir effectivement. Chez Greg, j'ai commencé à la machine, mais je n'y arrivais pas. J'ai donc repris mon rasoir, mais Greg m'a poussé.

Il y a une grosse différence de technique entre les deux outils ?
Il n'y a rien en commun. Tout change. Avec le rasoir, il n'y a aucun réglage, deux piles et ça marche. Alors que la machine, il faut souder, prendre les bons ressorts, régler le tout... Mais au moins, j'ai pu faire des aplats de noir. Parce qu'avec l'unique aiguille du rasoir...

Quelles sont les difficultés du style polynésien ?
Le plus dur, ce sont les grosses pièces à faire à main levée. Il y a de grands axes à tracer pour que ce soit droit. Comme je suis perfectionniste, les lignes droites et les parallèles (car les motifs sont souvent symétriques) prennent du temps. Et puis, les aplats de noir qui sont longs et difficiles à réaliser. Sur certaines peaux, ils ne tiennent pas et virent au gris. Dans ces cas-là plutôt que de repasser, je pique les lignes en noir et le remplissage au gris.

Et après cette première approche du "tatouage moderne à Montpellier ?
J'ai fait des conventions en compagnie de Djammy d'Arles qui m'a beaucoup apporté et j'ai multiplié les allers-retours entre Tahiti et la métropole. Là-bas, j'ai réalisé que nous faisions tous la même chose. Je me suis alors lancé dans le gris et j'ai essayé de faire des mélanges entre styles marquisien, néo-zélandais et tahitien. Dernièrement, j'essaye aussi de mixer différentes influences : japonaise, old school... traitées en graphisme polynésien. Je travaille également les ombrages et je privilégie les pièces qui se voient de loin. Avant, je travaillais beaucoup plus fin, mais ça tenait moins bien et c'était moins lisible. J'ai conservé un style plus épuré pour les demandes féminines.

Et à Tahiti, comment ça se passe ?
Les Tahitiens sont de nouveau passionnés de tatouage. C'est aujourd'hui très bien vu. Ils aiment les belles pièces et les candidats sont nombreux. Seuls bémols, ils fonctionnent par troc et ne sont pas très attentifs à la cicatrisation. Il n'est pas rare de voir un tatoué de deux heures jouer sur la plage dans le sable et l'eau... Quant à moi, même si je n'ai jamais eu de remarques directes, je sais que certains voient d'un mauvais oeil un blanc tatouer. Cela dit, c'est comme en France où je travaille maintenant. Les gens ont du mal à venir vers moi car, avec ma peau blanche et mes cheveux blonds, je n'ai pas vraiment le look...

Par Jerome Pierrat, photos S. de S.
© Tatouage Magazine N°37 - avr 2004